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Par admin - 29 juillet 2008

Addiction aux jeux d’argent et de hasard : paroles de médecins

Suite à la publication de l’étude de l’Inserm sur l’addiction des jeux d’argent et de hasard, il nous a paru intéressant de reproduire ici les interviews de 2 médecins interrogés par le journal 20minutes et l’Express. Les 2 médecins ont participé à l’étude de l’Inserm.

ENTRETIEN AVEC LE PROFESSEUR JEAN-LUC VENISSE (POLE UNIVERSITAIRE D’ADDICTOLOGIE ET DE PSYCHIATRIE DU CHU DE NANTES)

Pourquoi cette expertise? Les Français jouent-ils plus aux jeux de hasard et d’argent que les autres?

Non. Ils ont même tendance à jouer un peu moins que leurs voisins du fait de la réglementation française. L’Etat dispose en effet d’un monopole sur ce secteur. Mais la Commission européenne souhaite l’ouvrir à la concurrence. Cela devrait augmenter le nombre de joueurs. Le véritable problème, c’est qu’on manque de données épidémiologiques pour connaître l’ampleur du phénomène dans l’Hexagone. Une grande enquête va débuter à la fin de l’année et durera deux à trois ans. Elle concernera environ 20.000 personnes et permettra de mieux s’occuper des joueurs en difficulté qu’on récupère parfois tardivement.

Qui sont ces joueurs?

Ceux qui perdent le contrôle de leur conduite de jeu et dont le cas devient pathologique. Ils peuvent jouer au casino, au PMU, à la Française des Jeux… Plus récemment, on a vu apparaître des jeux en ligne, comme le poker. On estime qu’ils seraient entre 300.000 et 600.000 «addicts» en France. Les jeux en ligne touchent davantage les jeunes. En revanche, le casino et les jeux de grattage concernent plus les seniors. Socialement, ce sont des catégories plus défavorisées économiquement qui sont touchées.

Quels sont les symptômes et les dangers de cette dépendance?

Il y a des signes de manque, de l’anxiété, des troubles du sommeil. Les joueurs abusifs peuvent mettre en danger leur vie professionnelle, sociale, familiale. Dans les cas les plus extrêmes, cela peut aboutir à des problèmes financiers. Certains se retrouvent même à la rue.

Comment traiter ces malades?

Comme pour toutes les addictions (alcoolisme, toxicomanie), le plus difficile est de reconnaître sa dépendance et ses difficultés. On pousse donc le malade à prendre conscience de l’ampleur des conséquences négatives de ses actes. On réalise aussi un travail important sur les croyances irrationnelles. Tous les joueurs ont par exemple l’illusion de pouvoir contrôler le hasard. D’autres en arrivent à personnaliser leur relation avec une machine à sous. L’objectif est d’aider la personne à réduire voire arrêter sa consommation, et à prévenir les rechutes en proposant des activités alternatives. On propose aussi une aide sociale, pour remplir les dossiers de surendettement.

Quelles sont les pistes à développer?

Il faut accentuer la recherche dans ce domaine, notamment au niveau sociologique. Mais aussi développer largement la prévention et les procédures d’aide, avec par exemple un numéro vert. Enfin, il est nécessaire d’augmenter le nombre de centres de prise en charge des joueurs à problème.

ENTRETIEN AVEC CHRISTOPHE LANCON, PROFESSEUR EN ADDICTOLOGIE AU CHU SAINTE-MARGUERITE DE MARSEILLE

Quelles sont les caractéristiques du jeu excessif ?

Souvent, tout commence par un gros gain. Puis, peu à peu, la pratique du jeu devient incontrôlable. Le joueur pense pouvoir contrôler le hasard, a recours à la superstition (bons numéros, jour de chance…) ou à des prétendues « techniques »… Le problème est que les messages publicitaires pour ces types de jeux jouent sur ces thématiques, ce qui renforce l’adhésion à ces mécanismes.

D’un point de vue médical, le jeu pathologique entre dans le cadre des addictions sans substance. Les gens ne pensent plus qu’à ça. Le jeu prend une grande partie de leur temps. Dans les cas extrêmes, il passent toutes leurs journées à jouer. Ce n’est pas forcément un état permanent, cela peut durer quelques semaines, quelques mois… Le comportement peut changer spontanément, ou avec une aide.

Y a-t-il un profil type du joueur pathologique ?

On peut dresser une typologie des joueurs pathologiques: assez jeunes (moins de 25 ans) ou assez âgés (plus de 50 ans), plutôt masculins (mais la part de femmes est en augmentation), un statut socio-économique modéré ou faible, des gens souvent isolés socialement et affectivement, et, souvent, des troubles psychiques associés tels que la dépression ou l’anxiété.

Tous les jeux sont-ils potentiellement aussi dangereux ?

Il y a des jeux plus addictifs que d’autres. Plus le délai entre le jeu et la récompense est court, plus le risque d’addiction est élevé. C’est le cas des machines à sous, du « Rapido » de la Française des Jeux, mais aussi des jeux sur Internet. L’environnement joue aussi beaucoup. Par exemple, dans un casino, il n’y pas de fenêtre, pas de pendule… Le joueur est isolé et uniquement confronté à la machine et au jeu.

Les joueurs pathologiques viennent-il facilement consulter ?

Les gens viennent rarement d’eux-mêmes aux consultations. Souvent, ils éprouvent une honte incroyable. Ils sont endettés et isolés de leur entourage, mais gardent en tête l’idée qu’ils vont « se refaire »… Le souci est que le jeu pathologique est socialement très méconnu. Les gens manquent d’informations. Néanmoins, le nombre de patients, qui fluctue selon les campagnes de communication, est en augmentation constante. Il y a même des listes d’attente dans les services spécialisés.

Qu’en est-il de la prise en charge des patients ?

Les professionnels de la santé ne sont pas formés à repérer les joueurs pathologiques. Le problème est d’autant plus sous-estimé qu’il n’existe quasiment pas de données en France. Il y a par ailleurs très peu de médecins spécialisés, qui peuvent prendre en charge les cas graves. On constate donc un réel besoin d’aide institutionnelle afin de rendre le système plus efficace.

Sources : 20minutes.fr et lexpress.fr

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Vos réactions

  1. 7 mars 2009 11:18

    Je viens de lire avec beaucoup d’attention votre acticle sur l’addiction aux jeux. Je suis moi même accro aux machines à sous, j’ai 56ans et je joues depuis près de quinze ans, j’ai tout perdu maison, magasin et surtout ma dignité , je me suis mise à mentir à voler et que sais-je encore. Toujours dans l’espoir de me « refaire », comme chaque fois que l’on metles pieds dans un casino. J’ y étais interdite et malgrè celà je rentrais,pour les odeurs les fumées car en prenant le vice du jeu celui de boire vient avec.
    J’ai fais plusieurs tentatives de suicide, dont une très grave par pendaison en 2002, depuis je prends des médicaments qui soit disant devraient me lever ses pulsions, mais hélas dès que j’ai quelques sous, je me précipite à des kilometres de chez moi pour aller jouer.J’habite sur la côte et se ne sont pas les casinos qui manquent, je me suis quand même faite interdire sur tous ceux qui étaient à proxémité de chez moi et j’ en ai gardé un seul pour les moments les plus durs. C’est affreux ce sentiment d’impuissance face à cette dépendance, je voudrai ne plus y penser mais cela m’empêche de dormir de vivre tout simplement
    Merci d’avoir pris le temps de me lire
    M Corteggiani

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