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On a beaucoup entendu parler ces trois dernières années de la « crise » des casinos terrestres. Les chiffres montrent en effet qu’en deux ans leur produit brut de jeu a baissé de près de 20 % et ont enregistré une nouvelle régression de 6% sur le premier semestre de l’exercice 2009/2010. Même si ce n’est pas la première fois que les casinos vont mal, il semblerait qu’ils vivent « la pire crise de leur histoire », déclare au Figaro Jean-François Cot, délégué général du syndicat des Casinos de France.
Mais à qui la faute ? Après leur tentative d’attaquer certains sites de jeux en ligne, les groupes Barrière, Joagroupe et Tranchant, qui représentent 104 casinos en dur français, ont perdu en avril dernier devant le Tribunal Correctionnel de Paris qui n’a pas retenu leur requête jugeant une « absence de préjudice direct ». Quand on sait que les Français ont joué en 2009 des sommes records soit chaque jour près de 59,1 M€ dans les caisses de La Française des Jeux (Loto, Euro Millions, Keno…) et du PMU, comment expliquer ce désintérêt pour les casinos ? La concurrence des sites de jeux en ligne est-elle bien une cause directe de cette réalité ?
Les casinotiers s’accordent pour reconnaitre que le premier facteur, qui a impacté directement la fréquentation des casinos et leur chiffre d’affaire, est l’interdiction de fumer. Laurent Lassiaz, président de JoaGroupe, explique « qu’au casino, gros fumeur égale gros joueur. Du jour au lendemain, l’interdiction de fumer nous a privé d’une bonne partie de nos clients fidèles. Comme en plus les gros joueurs sont souvent exposés soit en bourse soit dans l’immobilier, la crise économique a amplifié le phénomène. » Voilà une bonne partie de la crise des casinos éclairée.
Autre facteur direct, le contrôle de l’identité à l’entrée des casinos qui, selon Jean-François Cot, passe mal auprès de la clientèle et à cela s’ajoute le déplacement en voiture qui engendre plus de frais. De son côté, Jean-Pierre Martignoni, sociologue, expose que 46 % des clients des casinos sont inactifs, chômeurs ou alors retraités pour 38 % d’entre eux, ce qui pose un problème de fréquentation des casinos en période de crise.
Troisième facteur : le cadre et l’offre vieillissante des casinos ne sont pas susceptibles, à ce jour, d’attirer une clientèle plus jeune. Georges Tranchant reconnaît que « beaucoup d’établissements, petits et même gros, où rien n’a été fait pour améliorer la décoration, mettre des machines modernes, ne sont plus sexy, il faut les relooker ». Laurent Lassiaz confirme cette constatation en déclarant que « sortir au casino le week-end ou entre copines le jeudi soir, ça fait plutôt « has been » alors qu’il y a un engouement pour les jeux en France ». Ainsi, même si les casinos se sont féminisés et démocratisés, fini de sortir au casino en smoking, ils n’ont pas rajeuni.
Les sites de jeux en ligne, accusés à tort au regard de ces facteurs concrets de « crise » des casinos, ont pourtant largement participé à populariser le poker (notamment auprès d’une cible jeune autant masculine que féminine) identifié par les casinotiers comme une clé possible de croissance pour les casinos dans l’avenir. Éric Cavillon, directeur général du Casino de Deauville, a pu constater que « le poker est l’une des meilleures nouvelles depuis trois ans. Pour la finale du European Poker Tour fin janvier, nous avons accueilli 2000 joueurs pendant une semaine. Tous nos hôtels et nos restaurants tournaient à plein ». Une très bonne nouvelle en effet. Que faut-il en conclure ?
Dominique Desseigne pense que « le poker est un relais de croissance pour le groupe Barrière », d’autant que l’on sait qu’il lance en partenariat avec la FDJ son offre de poker en ligne dont on devrait connaitre le nom ce matin entre « VibronsPoker, TousPoker ou PokerTension » ou tout simplement BarrierePoker.fr ou lbpoker.fr. Georges Tranchant et Patrick Partouche sont plus pessimistes et se sentent lésés par la régulation française des jeux en ligne.
Au regard de ce que peut apporter en « à côté » un événement poker, Laurent Lassiaz projette que « l’avenir du casino, c’est le loisir au sens large, le jeu, la danse, les restaurants, les bowlings… D’ores et déjà, l’été, nous réalisons plus d’entrées sur les loisirs que sur les salles de jeux ». Un modèle économique certainement à suivre quand on sait que potentiellement « le casino propose une offre de divertissement pour un public de 18 à 99 ans, des dîners spectacles, des thés dansants, des soirées discothèques », déclare Georges de Panafieu, directeur marketing du groupe Émeraude (8 casinos en France).
Les casinos emploient plus de 12 000 intermittents du spectacle par an et ont organisé, en 2008, 12 500 spectacles dans les 130 salles dont ils disposent. Une incontestable richesse d’infrastructures « physiques » qui ne demande qu’à être complémentaire à l’attrait des jeux en ligne.
Avec : Le Figaro
Catégories : France, Tribune / Opinions
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