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France : Lies, damned lies and statistics (*)
Les chiffres du secteur français des jeux en ligne montrent que le marché s’est ‘stabilisé’ en 2012, selon l’Autorité de régulation des jeux en ligne. Lorsque l’on dit ‘stabilisé’ on parle avant tout de la fermeture de nombre de petits opérateurs et de la concentration des activités au sein de quelques groupes importants.
On peut s’en plaindre et déplorer la situation, iGamingFrance l’a d’ailleurs fait à maintes reprises depuis 2010, mais comme l’a déclaré Jean-François Vilotte, Président de l’ARJEL, à l’Agence France Presse hier, les objectifs de la régulation ont été atteints : « Le marché légal des jeux en ligne, ouvert en juin 2010, s’est installé et il n’y a pas eu d’explosion de la demande, ce qui constituait les deux objectifs de la régulation. »
Mais puisque l’on parle de chiffres et de régulation, l’autre chiffre plus inquiétant et qui est rarement discuté est celui de 50% du marché français qui est toujours capté par les opérateurs illégaux. Ce n’est pas iGamingFrance qui diffuse cette donnée mais les cabinets d’études H2 Gambling Capital et GamblingData et il est important de signaler les points de désaccord ou de divergence sur cette statistique.
Car vraie ou pas, une telle ‘stat’ cause une réaction immédiate, que ce soit de la part des opérateurs privés déplorant l’effet pervers d’un modèle de régulation trop rigide qui pousse les joueurs à aller sur les sites non-agréés, ou l’ARJEL ou la Fédération française des entreprise de jeux en ligne, qui parlent de chiffres sans fondements et de manque de sérieux quant à la quantification du marché illégal.
Pour GamblingData, qui mentionne le chiffre en France de manière comparative à l’impact possible des paris illégaux dans un marché allemand régulé, les 50% concernent principalement le secteur des paris sportifs en ligne. Pour H2 Gambling Capital, il inclut les paris et toutes les autres formes de jeux en ligne comme le jeu social, bingo, casino et ainsi de suite. Comment sont-ils arrivés à ce chiffre et quelle méthodologie ont-ils suivi pour le déterminer ? Les réponses des deux sociétés ne sont pas claires.
GamblingData explique que les 50% représentent une statistique médiane puisque par définition « il n’y a aucun moyen de le prouver et que 50% est le seul moyen de quantifier la situation ». Mais si c’est le seul moyen de quantifier la situation, pourquoi l’imposer de manière aussi arbitraire et à un taux aussi élevé ?
Selon H2 Gambling Capital, sa ‘stat’ de 50% inclut « les paris sportifs et tout autre gaming (47%) et à travers tous les segments, en ajoutant les paris hippiques et la loterie » on arrive « à environ 32% » du marché qui est capté par les sites non-agréés. Pour H2 Gambling, « lorsque l’activité dominante du PMU est exclue et que quasiment la moitié du marché interactif des jeux français se fait ‘offshore’, cela démontre qu’un système de taxation basé sur les mises avec une offre produit restreinte présente un environnement qui n’est pas viable économiquement pour les opérateurs et peu attractif pour les joueurs ».
Clairement il y a de la propagande des deux cotés, le data est publié et les opérateurs peuvent dénoncer le fait qu’une telle manne aille aux sites illégaux, alors que les autorités parlent de moins de 10% des secteur régulés qui vont vers l’illégal (même si pour le casino en ligne, d’accord il n’est pas régulé, mais on peut dire sans équivoque que c’est 100% d’un gros montant).
Pour en finir avec ce papier ‘chiffres’, on notera aussi les prélèvements fiscaux en 2012 de 327M€ sur un produit brut des jeux global de 698M€, soit presque 50% des marges générées par les opérateurs. Comme l’a commenté un ancien collaborateur d’iGamingFrance, « cela signifie que 47% du PBJ pour les opérateurs part sous forme de taxes, en excluant l’impôt sur les sociétés. Difficile pour les nouveaux opérateurs de croire dans un environnement fiscal aussi difficile. »
En effet, mais puisque l’objectif de la régulation était avant tout de ‘truster’ les activités des opérateurs dans les mains de quelques gros groupes tout en protégeant les deux opérateurs historiques (après presque trois ans de régulation, il est difficile de voir exactement ce dont ces derniers étaient si inquiets), la mission est accomplie ; et tant pis pour ce qui est du dynamisme, de l’originalité ou de la créativité du marché en France, a-t-on envie de dire.
* Wikipedia : Lies, damned lies and statistics
Catégories : Analyse, Droit/Législation, Europe, France
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