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Par Alexandra Musseau - 13 novembre 2009

Isabelle Parize : « Mangas Gaming sera candidat aux 3 licences, même si dans un premier temps nous perdrons de l’argent en France »

Isabelle Parize

Isabelle Parize

Isabelle Parize, dirigeante du groupe Mangas Gaming (BetClic, Bet-at-home et Expekt) a reçu, hier, quelques journalistes dont iGF et s’est confiée sur les conditions d’ouverture des jeux en ligne en France, jugées selon elle « anticonstitutionnelles ». Elle a également commenté le récent rapprochement du PMU avec Paddy Power et expliqué la notion de « distorsion de concurrence » concernant les masses communes de l’ancien monopole.

MANGAS GAMING VEUT ÊTRE N°1 DES PARIS EN FRANCE

Invité dans la loge de Mangas Gaming au Palais Omnisports de Bercy, lors de la rencontre de tennis entre le Français Arnaud Clément (rapidement éliminé) et le Serbe Novac Djokovic (quel service !), iGaming France a eu le privilège de rencontrer, le temps d’un déjeuner, Isabelle Parize. Arrivée en moto-taxi et repartie comme tel, Isabelle est indéniablement une fonceuse, une dirigeante sûre d’elle aux objectifs clairs et précis. Si Mangas Gaming est, à ce jour, selon elle, le troisième groupe de paris en ligne européen aux 200 millions € CA en 2009, présent dans plus de 25 pays et comptant plus de 4 millions de joueurs, l’objectif du groupe est bel et bien de devenir l’opérateur N°1 des paris sportifs en France. Quand on lui évoque ses principaux concurrents dont le PMU et le groupe EurosportBET, Isabelle ne semble pas impressionnée, mais amusée plutôt, cette bataille des jeux en ligne serait pour elle un challenge stimulant.

L’OBLIGATION DE MISE A ZÉRO DES COMPTES EST ANTICONSTITUTIONNELLE

De la stimulation il en faut, en effet, pour rester candidat à une licence de jeux en France, compte tenu de la lenteur des procédures parlementaires et administratives, et surtout compte tenu du poids de la fiscalité et des contraintes techniques imposées par le projet de loi aux futurs opérateurs, toujours jugés, à l’heure actuelle « illégaux » par les autorités françaises. A ce sujet, Isabelle aime à rappeler qu’au regard du droit français et européen, son groupe – qui opère déjà vers la France et compterait près d’1 million de joueurs français – est parfaitement légal. Elle le démontre en s’appuyant sur un « principe d’égalité », principe qui ne serait pas respecté dans le projet loi actuel, concernant notamment l’obligation pour les futurs entrants de mettre leurs comptes à zéro. Aussi si l’ARJEL veut imposer ce « principe d’égalité » aux nouveaux opérateurs, « il devrait nécessairement l’imposer également au PMU et à la FDJ ». Isabelle Parize ajoute que d’un point de vue toujours constitutionnel, il serait, par ailleurs, impossible de « casser un contrat passé entre un site et une personne » et aime à rappeler que le ministre du budget, Eric Woerth, en commission en juillet dernier, a lui-même affirmé : « qu’il n’a jamais été prouvé que ces sites sont illégaux ».

PRIS EN ÉTAU ENTRE UNE OFFRE ILLÉGALE PLUS ATTRACTIVE ET UNE DISTORSION DE CONCURRENCE

Isabelle Parize dénonce également le modèle de fiscalité choisi par la France qui impose à hauteur de 7,5% les mises sur les paris, auxquels vont s’ajouter les redevances, le droit aux paris (qui est pour elle « une autre aberration » de ce projet de loi), la TVA : « il restera une marge de 3% aux opérateurs pour payer le coût des licences, les salaires, les infrastructures… Donc, ce modèle n’est pas économiquement viable », déclare la dirigeante de Mangas Gaming. De surcroît, « les opérateurs de paris en ligne doivent pouvoir absorber les variabilités des paris et ils ne peuvent le faire qu’avec des produits comme le poker et les jeux de casino en ligne sans quoi, une fois encore, l’équilibre est impossible ». Ces conditions fiscales auront un impact sur la compétitivité de l’offre légale, déjà fortement fragilisée par la limitation du TRJ plafonné à 85%. « Entre une cote à 1,2 sur un site légal et une cote à 1,3 sur un site illégal, pas besoin d’avoir fait polytechniques pour voir quelle offre est plus attractive », ironise Isabelle Parize.

De l’autre côté, poursuit Isabelle, les nouveaux entrants vont supporter une « distorsion de concurrence » qui profite au PMU et à la FDJ. Du point de vue de la publicité d’abord, les deux anciens monopoles peuvent faire de la publicité. Hier, notamment on a pu voir le nouveau logo de la FDJ clairement affiché autour du terrain de tennis dans le Palais de Bercy. La FDJ prépare également, le 17 novembre prochain, le lancement d’une campagne publicitaire massive.

Par ailleurs, du point de vue des « masses communes », le PMU.fr qui a réalisé environ 600 millions € de mises sur le net va bénéficier des 9 milliards € de mises réalisés sur le réseau en dur du PMU. « Aussi sur le PMU.fr, si 1 million de parieurs mises 1 €, cela fait 1 millions € à répartir entre les gains et les charges de la société. Alors que sur un autre site si 10 joueurs misent 1 €, cela fera 10 € à répartir. Sommes-nous pas en présence d’une légère distorsion de concurrence », interroge Isabelle.

Devant autant de contraintes et d’inégalité, Isabelle se demande parfois si elle ne va pas renoncer au marché français et espère que la loi évoluera au moment de son passage au Sénat. Mais comme elle n’est pas une dirigeante prête à abandonner, elle affirme que Mangas Gaming sera « candidat aux 3 licences, même si dans un premier temps le groupe perdra de l’argent en France ». D’où, selon elle, la nécessité de se diversifier à la fois sur les offres de jeux et sur les pays européens, et pour les paris et le poker être détenteur de ses propres plates-formes et du savoir-faire du bookmaking.

AVEC PADDY POWER, LE PMU S’OFFRE TECHNOLOGIE ET SAVOIR-FAIRE

On comprend aisément pourquoi le PMU, pour se lancer dans les paris sportifs, a fini par choisir un partenaire de taille, l’opérateur irlandais Paddy Power. « Les paris sportifs sont un point de différenciation sur le marché des jeux en ligne, alors que le marché du poker est déjà structuré avec des géants comme PokerStars et Full Tilt Poker », explique Isabelle Parize. Par ailleurs, « le bookmaking nécessite divers compétences et technologies à savoir un système d’information propriétaire capable de gérer le risque et aussi capable d’avoir un lien avec le back office, de vrais bookmakers qui est une compétence essentiellement anglosaxonne et enfin des outils de CRM (gestion client) performants. Aussi avec Paddy Power, le PMU s’offre à la fois les technologies et le savoir-faire nécessaires pour faire du pari sportif en ligne », conclue Isabelle Parize. Elle nous salue se dirigeant vers son moto-taxi pour se rendre à « sa réunion de 15h30″ . Entre punch et humour, une rencontre des plus décoiffantes.

iGaming France publiera un deuxième volet de cet entretien en abordant le sujet de l’addiction et du TRJ avec Juliette de la Noue, directrice Ethique et Jeu Responsable de Mangas Gaming.

Article en relation :
Interview d’Isabelle Parize (4 septembre 2009)

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Catégories : Interview

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