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Par Alexandra Musseau - 28 avril 2009

Julien Parrou, Pdg du Groupe ConcoursMania : « Nos sites attirent aujourd’hui plus de 5,5 millions de visiteurs chaque mois et environ 3 millions de joueurs inscrits »

Propos recueillis par Alexandra Musseau

IGF : Vous êtes PDG du Groupe Concoursmania, spécialiste en jeux concours. Vous allez participer au colloque du 11 mai prochain au Sénat et plus particulièrement à la table ronde sur « la montée en puissance des jeux en ligne ». Quelle est la raison de votre présence à ce débat ?

Julien Parrou : Je suis tout d’abord très heureux que la parole des opérateurs de jeux gratuits, comme ConcoursMania, soit entendue et j’en remercie les organisateurs de l’événement. Nous connaissons plutôt bien les joueurs français, leur comportement et leurs attentes, puisque nous éditons plusieurs sites de jeux gratuits (Kado.fr, Concours.fr, Toilokdo.com…) : nos sites attirent aujourd’hui plus de 5,5 millions de visiteurs chaque mois et environ 3 millions de joueurs inscrits.

Notre modèle économique est par définition et par obligation légale différent de celui des opérateurs de jeux payant : nous avons un mixe de revenus publicitaires et de revenus directs en micro-paiements.

La France a perdu beaucoup trop de temps avant de faire évoluer son cadre légal : c’est regrettable car à l’origine nous avons les plus belles sociétés de casinos physiques d’Europe et beaucoup de très belles sociétés spécialisées dans le marketing en ligne.

Je pense qu’il n’est jamais trop tard, même pour ce marché, et la France a l’opportunité maintenant de faire émerger une nouvelle industrie : cette réflexion gouvernementale a été conduite et désormais les pouvoirs publics semblent prêts à cette nouvelle approche. Saluons cette décision et regardons désormais devant nous : la France peut et doit constituer un véritable secteur des jeux en ligne, sur son territoire, innovant, générateur d’emplois … et de taxes !

Et dans ce nouveau secteur qui se dessine, je suis convaincu que l’expérience avancée des acteurs du jeu gratuit français sera un atout pour accompagner et consolider les modèles de jeux payants.

IGF: Compte tenu des enjeux de l’ouverture du marché en France, pensez-vous que les acteurs français aient vraiment conscience de la puissance de la concurrence étrangère à laquelle ils vont être confrontés ?

JP : Nous assistons, en ce moment, à des accords débouchant à chaque fois sur des partenariats associant un acteur media à un opérateur de jeux. Je suis persuadé que l’enjeu pour les opérateurs, dans les prochains mois, sera celui de la conquête de la confiance du public : qui va parvenir à rassurer le joueur actuel ou futur ?

Les opérateurs qui perceront en France, selon moi, seront ceux ayant pu obtenir cette confiance. En cela je pense que l’ouverture va beaucoup conforter dans un premier les deux ex-monopoles publics que sont la FDJeux et le PMU ! Les opérateurs de casino physique ont également un atout formidable, leur marque est connue du grand public.

En conséquence, l’association entre un media fort et connu en France et un opérateur est très bonne. Mais le risque que nous pourrions rencontrer serait que les groupes de media, étant très associés à un opérateur unique, deviennent quelque peu autistes et ne se comportent comme s’il n’existait qu’un site de jeux ou de paris en France, le leur !

ConcoursMania travaille déjà, et depuis longtemps, pour le PMU et la FDJ. Nous sommes fournisseurs de nouveaux joueurs pour eux et cela fonctionne très bien : avec cette ouverture du marché, les nouveaux opérateurs auront besoin de partenaires comme nous pour recruter de nouveaux clients, à coûts connus, nous allons élargir ainsi nos partenariats.

IGF : Le marché va s’ouvrir au moment de la Coupe du Monde, les budgets publicitaires vont être considérables, quels acteurs français, selon vous, auront une chance de résister à cette bataille des paris en ligne ?

JP : Comme dans toutes ces périodes de dérégulation, ce sont souvent deux types d’acteurs qui émergeront : ceux qui disposeront de la plus grande force de frappe publicitaire et les acteurs les plus malins. Avec Internet, ce sont toujours les acteurs les plus imaginatifs et les plus réactifs qui l’emportent. Je pense que les opérateurs qui perceront seront ceux qui auront un budget pour la communication corporate, notamment pour appuyer sur le sérieux et la mise en confiance dont je vous ai parlé, et un budget en recrutement via l’affiliation, qui est le système qui marche le mieux aujourd’hui.

Nous sommes convaincus, et depuis longtemps, que le marketing à la performance est l’avenir sur nos métiers. Vous convainquez toujours un responsable marketing en parlant « ROI » plutôt qu’omniprésence qui est plus coûteuse.

IGF : Que pensez-vous de la nomination de Philippe Germond à la présidence du PMU le 1er mai prochain et à la décision du GIE de diversifier ses offres aux paris sportifs ?

JP : La concurrence ne va pas seulement concerner acteurs privés contre ex-monopoles ! La FDJ et le PMU vont goûter officiellement à la compétition entre eux, c’est prometteur et stimulant.

Quant à Philippe Germond, je n’ai jamais eu l’honneur et le plaisir de le rencontrer. Nous travaillons pour le PMU en tant que fournisseur de joueurs. Nos sites permettent de proposer à nos joueurs une offre mode gratuit qui rencontre un vif succès. Nous continuerons donc, après le 1er janvier 2010, mais avec davantage d’opérateurs et cette fois-ci en mode payant.

IGF : Après l’effet « coupe du monde », le marché des jeux en ligne devrait subir une baisse de croissance. Ce marché ne vous semble-t-il pas surestimé et ne va-t-il pas assez vite atteindre une saturation. Quelles sont vos prévisions ?

JP : C’est une question très intéressante et elle m’amène à une réflexion que nous avons depuis plusieurs mois. Le marché des jeux payants, c’est certes le poker et les paris sportifs, mais il ne faut pas se voiler la face, la grosse part de ce marché repose sur les autres types de jeux et je ne crois pas que la France laissera cette partie du marché avec un statut ambigu.

Non seulement ce serait juridiquement fragile, mais comme je l’indiquais en début d’interview, dommageable au regard du potentiel que cela représente pour faire émerger une industrie du jeu en ligne français solide et en croissance. Nous avons raté en France le premier train, tachons de monter dans le second, c’est collectivement intéressant (Etat, opérateurs français et joueurs résidant en France).

IGF : Vous avez annoncé une levée de fond de 1,8 millions €, le 19 juin 2008, et vous disposez d’une base de données de profils qualifiés de plus de 3 millions d’adresses, en croissance de plus de 150% sur un an. Serez-vous candidat à une licence de paris en ligne ?

JP : Notre base de données et notre audience sont en effet en forte croissance. Notre modèle économique, reposant sur la publicité et le marketing direct autour du jeu, fonctionne plutôt bien.

Notre vocation est de permettre une mise en relation entre les joueurs et nos partenaires annonceurs. Nous allons donc tout naturellement continuer à fonctionner sur cette offre double, et pour répondre définitivement à votre question, nous n’avons pas vocation à devenir opérateur de jeux puisque les opérateurs seront nos clients.

A ce propos, j’ai le plaisir de vous annoncer que nous préparons en ce moment un nouveau site, proche de notre portail de référencement de sites de jeux gratuits Concours.fr, mais orienté sur l’offre légale de jeux payant.

Ce nouveau site sera en ligne dès que les conditions légales le permettront et offrira un grand service aux joueurs et en même temps la possibilité aux opérateurs futurs de communiquer et recruter massivement de nouveaux clients. Le contenu de ce site sera très original et différent de ce qui a pu être fait jusqu’alors. ConcoursMania va ainsi continuer à offrir ses services à la fois aux joueurs et aux organisateurs de jeux

Catégories : Interview

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