Quand le PMU rit, les casinos pleurent

logo pmuEn ces périodes de crise, les opérateurs de jeux d’argent ne vivent pas la situation de la même manière. Alors que le PMU vient d’annoncer une prévision de croissance de son chiffre d’affaires supérieur à ses attentes, les casinotiers français broient du noir, annonçant des licenciements et des fermetures d’établissements.

Le PMU ignore la crise et revoit sa prévision de croissance à la hausse
La société de paris hippiques se dit prête à revoir ses prévisions de croissance pour l’année 2008 à la hausse. Même si cette révision est légère - le chiffre d’affaires devrait progresser de 4 % au lieu de 3,5 % -, la situation est suffisamment rare pour être soulignée.

Comment analyser cette bonne santé des paris hippiques ? Est-ce un contre-indicateur de croissance, une théorie soutenue par certains économistes ? La relation des individus aux jeux d’argent en temps de crise est en effet très souvent scrutée par les spécialistes de l’analyse économique. Le tableau mérite d’être nuancé. En septembre, le PMU subissait une baisse de son chiffre d’affaires de 0,6 % par rapport à 2007. Signe que les parieurs avaient peut-être décidé de réduire ce poste de dépenses en période de tension sur le pouvoir d’achat.

Changement de ton en octobre. Les indicateurs sont revenus dans le vert. Le retour à bonne fortune s’est illustré tout particulièrement le 5 octobre, lors du Qatar Prix de l’Arc de Triomphe, l’un des rendez-vous phares des turfistes. Le PMU a décroché le jackpot en engrangeant 33,1 millions d’euros, soit 11,2 % de plus que lors de la précédente édition de ce grand prix.

Depuis, le rythme des enjeux sur les courses ne faiblit pas et pourtant le PMU reconnaît que certains gros parieurs ne sont plus au rendez-vous. Crise oblige. Le joker de la société de paris n’est autre que sa tirelire. Elle a atteint, vendredi 24 octobre, un montant record de 7 millions d’euros. L’attrait du “gros lot” électrise les joueurs.

Pour 2009, le PMU prévoit une croissance - certes plus faible, mais une croissance quand même - de 3%. Invité de l’Union de la presse hippique hier mercredi à Paris, le président du PMU a déclaré que “même si la crise financière et économique rendait plus difficiles les prévisions, l’activité du PMU devrait croître de 3% d’une année sur l’autre, notamment grâce à l’ouverture de 400 points de vente supplémentaires pour un parc actuel de 10.000“.

L’augmentation de l’offre avec trois réunions de courses le samedi contre deux cette année devrait soutenir la croissance mais aussi le lancement du pari “Spot” sur le “Tiercé” et le “Quarté”, ainsi que l’organisation d’un “Multi” quotidien de plus“.

Les casinos français à la peine, menacent de licencier
De leur côté, les casinos français voient leur activité baisser fortement. Interdiction de fumer depuis le 1er janvier, “marasme” de l’économie et “morosité” des Français: rien ne va plus dans les casinos qui devraient enregistrer une baisse à deux chiffres de leur chiffre d’affaires pour l’exercice 2007-2008 mettant en péril leur avenir immédiat. “Le marasme s’est installé“, a alerté Jean-François Cot, délégué général de Casinos de France, au cours d’une conférence de presse hier regroupant les trois syndicats patronaux du secteur.

Le produit brut des jeux (PBJ, différence entre les mises et les gains, équivalent du chiffre d’affaires) de l’exercice 2007-2008 des casinos s’oriente en effet vers une baisse de 10,2% par rapport à 2006-2007, a annoncé mercredi la profession lors d’une conférence de presse à Paris.

A périmètre constant, l’exercice 2006-2007 avait vu une hausse de 3,07% pour un PBJ de 2,8 milliards d’euros.

Les 197 casinos français comptent 18.200 employés et proposent 22.000 machines à sous et des jeux de table comme la roulette ou le poker.

Les trois syndicats patronaux (Casinos de France, Syndicat des casinos modernes de France, l’Association des casinos indépendants de France) ont présenté les chiffres portant sur 170 des 197 casinos français pour leur exercice annuel (1er novembre - 31 octobre) 2007-2008.

De janvier à octobre 2008, la baisse du PBJ a été de 13,5% par rapport à la même période de 2007, avec une baisse de 15,5% en août, de 20% en septembre et de 16,5% en octobre.

Les quatre principaux opérateurs ont un endettement qui atteint 1,5 milliard d’euros“, a déclaré D.Desseigne, ajoutant que les conditions de financement auprès des banques allaient se dégrader et que le groupe Barrière avait “du mal à tenir” les clauses attachées à ses prêts bancaires.

Les casinotiers craignent, si la situation ne s’améliore pas, des “plans sociaux et des fermetures d’établissements en 2009” a indiqué Patrick Partouche. Au sein du seul groupe français coté du secteur, “il est prévu une contraction de 5% à 10% des charges salariales, les seules sur lesquelles nous avons la possibilité d’intervenir rapidement“, a-t-il déclaré, ajoutant avoir également décidé de réduire les horaires ou les périodes d’ouverture de certains établissements.

Les casinos français demandent une aide fiscale de l’Etat
Aussi, les dirigeants des casinos ont réclamé au ministère du Budget un allègement de la fiscalité “pendant une période transitoire de deux ans“, un allégement des taxes sur les jeux de tables et une plus grande souplesse dans la procédure d’autorisation des nouvelles machines à sous.
Aujourd’hui, les casinos français reversent en moyenne à l’Etat et aux communes 58% du produit brut des jeux.
Tous les patrons des groupes ont relevé l’impact que représente les casinos sur le budget des municipalités dans lesquelles ils sont implantés. 245 millions d’euros ont été versés en 2007, par le biais du cahier des charges, dans le budget des communes concernées. Sans compter l’impact économique et social avec les emplois dans les jeux (machines à sous et jeux de table) et les activités annexes (restauration, spectacle) obligatoires par la réglementation.

Le président de l’Association des casinos indépendants de France (ACIF) Luc Le Borgne a ainsi expliqué que la commune de Barbazan (Haute-Garonne) avait en 2007 reçu 529.000 euros des prélèvements du casino, soit 74% de son budget. Avant l’installation du casino, elle comptait 350 habitants, auquel sont venus s’ajouter 100 habitants (emplois et commerces liés au casino).

A quand l’autorisation des jeux en ligne ?
Tout en dénonçant la concurrence illégale des sites de jeux étrangers, les casinotiers ont relevé que difficultés actuelles rendent d’autant plus urgente l’ouverture à la concurrence des jeux d’argent en ligne, qui pourrait représenter un relais de croissance pour les casinotiers, ont plaidé les dirigeants du secteur, estimant ne pas être associés à l’élaboration de la loi.
Selon D.Desseigne, l’Etat français ne veut pas pénaliser la Française des Jeux, souhaitant en obtenir la meilleure valorisation possible lors de l’ouverture de son capital, théoriquement prévue l’an prochain.
De plus, alors que le projet de loi excluait déjà les machines à sous sur Internet, il semble que la roulette et le blackjack ne seraient pas autorisés non plus, réduisant le périmètre des nouvelles activités aux paris en ligne - où les acteurs anglo-saxons disposent déjà d’une grande expérience - et au poker, a ajouté le dirigeant.

Même son de cloche pour le PdG du PMU : “2009 sera important pour le PMU puisqu’il s’agit de l’année de préparation à l’ouverture des paris en ligne“.

Source : AFP + LeMonde + Daily-Bourse + EasyBourse



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