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- Poker, hasard, et fiscalité : Réflexions sur la qualification juridique du poker et sur le traitement fiscal des gains tirés de la pratique du poker
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- Patrice Geoffron - Observations économiques de l’ouverture des jeux en France
- Commission européenne - Demande d’amendement du projet de loi français
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Alexandre Dreyfus
En tant qu’entrepreneur dans l’industrie des jeux en ligne, j’ai décidé de prendre mon clavier pour m’exprimer sur des sujets trop souvent mal interprétés dans les médias, concernant l’ouverture du marché français en 2010. J’ai eu la chance de rencontrer de nombreux interlocuteurs politiques récemment pour exprimer certains souhaits et mon point de vue sur le projet de loi. N’ayant pas le temps d’alimenter à ce jour un réel blog (mais pourquoi pas), je vous écris à travers cette tribune qu’iGaming France m’offre. Je vais donc employer un ton très personnel dans les paragraphes ci-dessous :
- Blanchiment d’argent
Il s’agit du mythe le plus véhiculé en France auprès des médias et des (futurs) anciens monopoles d’Etats pour ralentir l’ouverture du marché. Les sites de jeux en ligne n’acceptent pas de cash et de ne paient pas en cash. Concrètement, un client sur Chilipoker.com va créditer son compte avec un moyen de paiement électronique tel que Carte Bancaire, Virement Bancaire ou des e-porte-monnaies (qui eux même seront crédités par CB ou VB). A ce moment là, nous savons quelle est la banque émettrice de la carte.
Au delà de 200 euros, nous demandons une première vague de justificatifs d’identité et au dessus de 400 euros (somme des dépôts), une deuxième vague. L’inconvénient de cela, c’est que l’on peut faire peur au client. L’avantage, c’est que nous respectons les règles anglo-saxonnes de business KYC : Know Your Customer. Tous les gains ou retraits effectués pour ce client seront reversés UNIQUEMENT sur le même compte ou le même titulaire de compte.
Il ne peut y avoir de blanchiment organisé sur ce type d’opérations. La France vit juste avec un héritage de 192 casinos, et il y a quelques décennies que certains étaient mélés à certaines affaires. Ce n’est plus le cas aujourd’hui et cela n’a jamais été le cas sur internet.
Recommandation : Les outils « anti-blanchiment » existent depuis le début des différentes régulations (Angleterre, Malte, Italie mais aussi Antigua, Alderney, Curacao ou ailleurs). La France doit comprendre que cette industrie ne l’a pas attendue pour exister.
- Addiction
Le projet de Loi parle de ‘plafonner’ les mises pour limiter l’addiction. Là encore laissons parler l’expérience.
Un addict du jeu en ligne est quelqu’un qui va déposer le minimum (20 euros), les perdre, vouloir se refaire en redéposant 20 euros, etc … En réalité, l’addiction c’est la répétition exagérée de plusieurs dépôts, plusieurs fois dans la même journée. Pensez-vous bien que quelqu’un addict, souvent une personne fragile financièrement, ne pourra pas déposer 2000 euros avec sa carte bleue classique. Je me souviens avoir eu un exemple en 2006 avec un client qui ‘perdait’ près de 10,000 euros par mois aux paris sportifs. Après avoir fait une petite enquête sur cette personne, il s’agissait d’un sportif de haut niveau qui gagnait quelques millions d’euros par an. C’est son droit de disposer de ses revenus comme il le souhaite.
C’est notre devoir de protéger des personnes fragiles de l’addiction, en installant des mécanismes d’alertes sur des comportements à risque. Le risque étant la récurrence et l’espoir de se ‘refaire’ rapidement et immédiatement. Enfin, il est important de comprendre que les gros joueurs sont, comme dans n’importe quelle industrie, des clients importants et nécessaires au bon fonctionnement de nos activités.
Il est donc impensable de pouvoir accepter des parieurs qui jouent des milliers d’euros tout comme les joueurs de poker. Au même titre que le PMU, la Française des Jeux et les Casinotiers actuellement.
Recommandation : Il ne faut pas limiter les mises, mais mettre en place des outils techniques pour protéger les vrais addicts et laisser ‘consommer’ les passionnés ou flambeurs.
- Accès aux mineurs
Une des peurs est que l’ouverture du marché n’incite les jeunes à jouer sur internet.
D’une part, le jeu d’argent fait partie de la culture de presque toutes les sociétés de consommation actuelles. En France, tous les « jeunes » ont déjà joué au Loto, à Dédé (j’adore le nom par ailleurs), au TacOTac et au PMU avec son oncle ou son grand père.
D’autre part, il existe de nombreux outils techniques pour empêcher qu’un mineur puisse jouer sur un site de jeu d’argent. Il faut mettre en place l’ensemble des outils existants depuis des années tels que l’ICRA et les logiciels de contrôle parental. Puis, il faut rappeler que les cartes bancaires, sauf exception, sont délivrées à des majeurs. Alors, là je vais entendre « Oui, mais l’enfant va voler la carte de sa mère pour pouvoir jouer sur internet ». La réponse est oui ! Il peut voler la carte de sa mère, tout comme quelques euros pour aller jouer dans sa Maison de la Presse.
La réalité est tout autre. Par exemple, avec le système de palier mis en place chez Chilipoker, le client doit dévoiler son identité à plusieurs reprises, freinant ainsi considérablement le risque d’accès aux mineurs. Enfin, lorsque Maman, après quelques jours, aura vu débiter sa carte, elle fera opposition auprès de la banque et nous ne serons pas payés.
C’est donc dans l’intérêt de l’opérateur que nous mettons aussi en place ce genre de procédures. Une fois de plus, nous le faisons dans tous les autres pays où nous opérons.
Recommandation : Utiliser les outils techniques qui sont efficaces et qui existent déjà et admettre que le risque nul n’existe pas, mais qu’il sera non significatif en comparaison de l’enjeu global de l’Etat.
- Cote fixe / matchs truqués ?
Quel débat passionnant que d’entendre des intervenants, lors des différents colloques et séminaires, sur le fait que le pari a cote fixe est « l’axe du mal », car il inciterait les fraudeurs à truquer les matchs. Une fois de plus, l’expérience vous démontrera le contraire.
Explication : un pari à cote fixe est une statistique. Lorsqu’un parieur joue, il joue contre le site de paris sportifs (bookmaker). Concrètement, si le joueur gagne, c’est le bookmaker qui perd (et qui paye) et inversement lorsque le joueur perd, le bookmaker gagne (produit brut des jeux). Là où les idées sont fausses, c’est que dans la presse on a dénigré les bookmakers, alors qu’en réalité, lorsqu’un match est truqué, c’est bien un groupe de parieurs qui vont ‘acheter’ le match, pour que l’outsider gagne, et c’est donc le bookmaker qui perd. Je me souviendrais toujours de ces polonais (n’en faites pas une généralité) qui venaient parier 10 minutes avant le début du match, sur l’outsider, quelques milliers d’euros.
La conclusion, c’est que le fait que l’opérateur de jeu soit engagé financièrement et que techniquement l’ensemble des transactions sont nominatives, il est très facile de lutter contre ce phénomène (qui existe). Quant à l’argument qui est de dire que les événements sportifs français ne pourront être ‘corrompus’ car les opérateurs de jeux français sont agréés, c’est complètement faux.
En effet, si je suis un « truqueur » de match, je vais truquer un match de Ligue 2 (qui aura donc bien lieu en France), mais j’irais tout simplement parier sur des sites anglais, espagnols, allemands, asiatiques, etc … => oui, les organisateurs de matchs truqués sont assez intelligents pour parier en dehors de la France, même si l’événement à lieu en France …
Recommandation : Bénéficier de l’expertise technique et l’expérience des opérateurs de jeux pour mettre en lumière des soupcons de matchs truqués, mais ne pas croire que ce phénomène se limitera par cet encadrement. Ce ne sont pas les paris qui sont truqués, mais les matchs.
- Droit à l’image
Les médias et le lobby ont véhiculé beaucoup de fausses informations sur la taille du marché. Il y a certes quelques milliards d’euros engagés par les parieurs, mais il ne s’agit en aucun cas des revenus des opérateurs de jeux.
Cette mauvaise information a créé un appétit plus ou moins légitime de détenteurs de droits et de fédérations sportives. La France, qui a voulu politiquement bien faire, à décider qu’un site de paris sportifs souhaitant proposer du football et certains matchs devra avoir l’aval de la Fédération et lui rétribuer ce droit … Ecoutez, pourquoi pas. Mais l’effet pervers de cette nouvelle taxe, c’est que les sites agréés vont donc, tout naturellement, faire la promotion de la Champions League, la Premiere League (Angleterre), La Liga (Espagne), la Serie A (Italie) ou la Bundesliga (Allemagne) qui sont tout aussi intéressants, avec leurs lots de français et surtout un plus grand nombre de buts.
Cette taxe va décourager les opérateurs français, qui ne feront donc plus la promotion des matchs français, car moins rentables et trop contraignants, alors que l’enjeu et l’intérêt de rajouter des paris sportifs à nos matchs (et notamment les paris en direct), c’est justement de vivre le match/l’expérience différemment.
L’ouverture des jeux en ligne doit offrir plus de spectacle et d’intérêt aux événements, comme en Angleterre, Espagne, Italie ou ailleurs …
Recommandation : Le site de paris sportifs ne doit pas payer un quelconque droit pour offrir des paris sur un événement sportif, par contre, il peut négocier avec l’organisateur pour utiliser (non exclusif) la marque commerciale et faire sa publicité autour de cet événement : « Tous les matchs de Roland Garros sont sur www.bet.fr » ou sur une publicité radio/Tv/Presse/internet « Ce soir, pariez sur l’Olympique Lyonnais sur www.bet.fr ». Il s’agit donc d’un accord commercial de droit à l’image.
- Paris sportifs (fiscalité)
Le projet de loi propose une taxe de + de 8% sur les mises ! (contre 0.5% à Malte et contre 15% de la marge en UK). Je ne vais pas disserter. Juste des chiffres concrets : dans le rapport annuel d’Unibet, le produit brut des jeux du site de paris sportifs européen (c’est à dire la marge sur les mises) était de : 7,2% en 2005, 7% en 2006, 7.1% en 2007 (avec un pic à 10% au 1er trimestre), 6.9% en 2008. La conclusion est simple : il est donc IMPOSSIBLE de gagner de l’argent pour un opérateur de jeux avec un tel niveau de taxe sur les mises.
Recommandation : Taxer le produit brut des jeux.
- Poker en Ligne (fiscalité)
Le projet de loi actuel propose un fiscalité de 2% sur les mises. Là, même discours, l’expérience parle d’elle-même. Même si le montant parait faible, cette proposition est destructive du Jeu avec un J majuscule. Il faut voir le poker comme un jeu d’adresse et non un jeu de hasard, cette taxation forfaitaire a une incidence sur les méthodes de jeu, et donc de la technique et de son intérêt. En imposant cette fiscalité, le poker en ligne en France deviendra une banale loterie et non ce jeu d’esprit qui passionne actuellement près d’un million de Français.
Par ailleurs, le gouvernement envisage de limiter les tables de jeux uniquement aux français. Contrairement à ce qu’il se passe aujourd’hui, un français ne pourra plus jouer contre un allemand, un anglais ou un espagnol à sa table virtuelle. Je pourrais le comprendre pour le cash game, mais je reste persuadé que pour les tournois internationaux c’est nécessaire. Le poker c’est le rêve de partir à Las Vegas ou à Marrakech pour des « World Poker Tour ». Le poker de tournoi est considéré comme un sport dans de nombreux pays (Russie, Italie, …). Il faut donc que les joueurs puissent se mesurer au reste du monde.
Recommandation : Taxer le produit brut des jeux / Profiter de l’avantage d’internet pour offrir des tables internationales et partagées. De toute façon, la logique l’emportera d’ici quelques années, alors autant être en avance.
- Repression des sites illegaux (avant et après)
Deux vrais sujets.
Quid des opérateurs dit ‘illégitimes’ aujourd’hui. Ceux qui communiquent dans la presse en France (poker, sportive, …), dont le site est majoritairement axé sur le territoire français.
Quid des opérateurs qui attendent, non sans patience et un certain agacement, l’ouverture du marché ? Est-ce que le gouvernement ou l’ARJEL donneront une amnistie aux opérateurs déjà engagés ?
La dernière rumeur veut que les sites ‘illégitimes’ devront lancer un nouveau site .FR avec une base de données vierge. Il faudra alors créer une période de « rédemption » pour qu’un joueur sur un .com puisse clôturer son compte, retirer sa balance et le re-créditer sur le .FR.
Cela sera-t-il juste un écran de fumée ? Est-ce que les opérateurs transféreront discrètement leurs bases et les avoirs des clients ? Est-ce que le risque pris par certains sera payant, à la barbe de ceux qui ne voulaient pas en prendre ?
Ces question n’auront que des réponses politiques. Le débat juridique étant européen. Il est illégal d’opérer en France, il est légal d’opérer en Europe. C’est un fait.
En ce qui concerne Chilipoker, nous avons été le plus respectueux de la volonté politique de Mr Woerth. Nous ne faisons pas de publicité pour nos activités de jeux en ligne sur le territoire français. Oui, nous acceptons les clients français, mais non nous ne sommes ni agressifs, ni concentrés sur le marché français. Bien évidemment, je communique en France, comme aujourd’hui, pour expliquer ce qu’est l’industrie du jeu d’argent, mais je n’achète pas d’espace publicitaire sur les magazines de poker en France par exemple. Est-ce stratégiquement malin ou pas ? L’avenir nous le dira.
Néanmoins, pour compenser le respect du souhait politique, nous avons signé un accord commercial avec Free (4.3 millions de foyers), pour la promotion de nos services en France à l’ouverture, nous permettant ainsi de rattraper significativement le retard pris par rapport aux autres. Ce sera ma réponse commerciale au vide juridique…
Par contre, une fois les licences délivrées, il est clair que l’ARJEL et ses outils devront être particulièrement efficaces contre la lutte des opérateurs de jeux, non plus « illégitimes », mais réellement « illégaux » (une loi définissant désormais clairement les règles). Il faudra surtout que l’autorité donne des moyens aux opérateurs agréés d’exister et de communiquer pour noyer l’offre illégale.
- Casino en ligne ?
Plus de 30% des revenus des sites de jeux sont issus de l’activité casino. Ce même casino, qui est proposé près de chez nous. J’aurais réellement souhaiter proposer une offre complète de jeux à nos clients : paris sportifs, poker & casino. Le risque est que les joueurs, qui ont été éduqués depuis des années par la politique de jeu de l’Etat, aillent jouer sur des sites illégaux et non réglementés. D’autant que les groupes de casinos auraient pu profiter de leur légitimité et de leur connaissance de cet environnement, alors que sur les paris sportifs et le poker cela va être beaucoup plus dur et concurrentiel pour eux.
Si vous avez des questions : [email protected]
ps : j’ai écrit ce billet d’humeur assez rapidement avant mon départ pour les World Series of Poker à Las Vegas la messe annuelle du poker avec des tournois de plusieurs milliers de joueurs. J’espère que vous m’excuserez de la forme et des éventuelles erreurs. A noter : l’intervention de Sébastien Proto (directeur de cabinet du Ministre Eric Woerth) sur Clubpoker.net ce mercredi 1er juillet au soir, où j’interviens sur le même sujet.
Catégories : Tribune / Opinions
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Bonjour,
Merci pour cette réflexion très intéressante. Effectivement la France est être en retard en terme d’expérience sur les jeux en ligne et devrait savoir s’entourer de « professionnels de la profession » afin d’éviter les avis circonstanciés de la commission européenne, ce qui amènera sans doute à un retard dans le calendrier (délibéré??).
Je suis d’accord sur tous les points de cette tribune, hormis celui concernant les paris truqués. Vous expliquez simplement que les bookmakers n’ont rien à voir là dedans, ce qui est tout à fait juste, mais cela ne veut pas dire que les paris à cotes fixes ne favorisent pas les trucages… Malheureusement c’est le cas, même si cela reste insignifiant par rapport au nombre de matchs joués.
Aussi concernant votre recommandation au sujet des addicts « mais mettre en place des outils techniques pour protéger les vrais addicts ». Lequels ?
Vivement l’ouverture du marché qui fera également naitre de nouveaux services comme des outils d’aide à la décision, et d’autres jeux liés aux sports ou aux loisirs.
Matthieu de betrsport.com
Bonjour,
Je suis d’accord, La réaction de Alexandre Dreyfuss est saine, elle sort du » politiquement correct » et du « non dit » ambiant.
Le jeu est un vaste secteur, mais avec un nombre de dirigeants relativement restreints bien identifiés par les autorités. S’exprimer peut être risqué à fortiori lorsqu’on est en attente d’une licence… donc BRAVO !!!
Malgré les fausses croyances, idées reçues, entretenues volontairement par les habituels réfractaires à l’ouverture , je perçois que les autorités apprécient de plus en plus l’aide des « bons », des dirigeants et experts qui connaissent les solutions on line pour les pratiquer au quotidien.
Pour Répondre à Mathieu sur quels outils pour la lutte contre l’addiction, la plupart des sites de jeux francophones dignes de ce nom* ont un contrat IMPLIQUANT avec ADICTEL qui est dimensionné comme un outil puissant et bientôt un standard international pour la prévention, l’aide, et la limitation. ( Voir rubrique Tribune lancement Adictel Worldwide )
*( 888 , Fulltiltpoker, Betclic, Betfair, Partouche, Partygaming, Everest, 770, Sportingbet,
Baraka, Chilipoker, Winamax ….etc.. )
Eric Bouhanna;
CEO ADICTEL